Le cœur des voisins se brise à la vue du grand-père de Pierre. N’a-t-il personne pour lui venir en aide ? L’homme lui-même dit souvent que sa fille vit dans la capitale, mais qui le croirait, car personne n’a jamais vu quelqu’un lui rendre visite. Même les vieux habitants disent qu’il a toujours été seul. Peut-être raconte-t-il ces histoires sur sa fille pour ne pas se sentir seul, mais personne ne le sait. Seul Peter sait qu’il est responsable de sa solitude incessante.
Assis dans la véranda, alors que ses voisins se dépêchent d’aller travailler et que leurs enfants et petits-enfants font du bruit dans les cours, il se met soudain à se remémorer des souvenirs. La première chose dont il se souvint fut sa femme, la première beauté de la ville, et tous ses amis qui lui disaient qu’il devait s’accrocher à elle parce qu’un seul faux pas et elle partirait. Il l’a suivie pendant longtemps et se souvient de son bonheur sans bornes lorsqu’elle lui a enfin rendu la pareille. Puis ils se sont mariés, elle est tombée enceinte et ils ont eu une fille…. Il se souvient encore de ce jour où, les larmes aux yeux, il a rassemblé tout ce dont il avait besoin et s’est précipité à la maternité…. Il a hélé un taxi et conduisait quand son cœur s’est arrêté…. il a vu une autre fille… C’était une belle fille en jupe courte et talons hauts. Il a arrêté le taxi, a payé et est sorti. Il se souvient que le chauffeur de taxi a essayé de lui rappeler qu’ils allaient à l’hôpital, mais Peter n’était pas d’humeur à le faire.
Il n’est venu voir sa femme que le lendemain, il n’a pas demandé de nouvelles de sa fille ni comment elle se sentait, il lui a donné ses affaires et lui a dit au revoir, il devait partir immédiatement. Il n’a pas eu la force de la regarder dans les yeux, après quoi sa femme et lui sont devenus des étrangers l’un pour l’autre.
La même fille dont il était immédiatement tombé amoureux se servait simplement de lui. Il était son guichet automatique, il devait travailler tous les jours sans relâche pour satisfaire tous ses désirs. Lorsqu’il essayait de lui parler des enfants, elle se moquait de lui et lui rappelait l’acte ignoble qu’il avait commis à l’égard de sa femme. Le temps passa vite, et lorsqu’un homme plus riche apparut à l’horizon, la jeune fille s’enfuit immédiatement. À cette époque, Peter avait 45 ans, avait travaillé jusqu’à sa retraite en ville, puis avait vendu son appartement et s’était installé à la campagne pour cultiver un jardin et ne plus aimer aucune femme. Il ne se souvenait de sa première femme qu’avec culpabilité, mais sa conscience ne lui permettait pas d’entrer en contact avec elle.



